J’y suis allée, enfin. Et le mot de la fin qui en ressort est « sensualité ». Voilà l’effet que procure Azzedine Alaïa avec ses robes sculpturales sur des visiteurs venus de toutes les régions de France et même des 4 coins du monde. J’ai été surprise par la présence d’autant d’étrangers – beaucoup d’Américains, des Anglais, Allemands, Néerlandais, et j’en passe – qui représentaient la moitié des visiteurs en ce dimanche matin. L’exposition, qui est gratuite pour les étudiants du domaine de la mode, se déroule au Musée de la Mode, le Palais Galliera. Cinq salles sont dédiées aux créations de cet « architecte », et l’exposition se poursuit au Musée d’Art Moderne, juste en face du Musée de la Mode. Cependant par un petit manque de temps je n’ai pu faire que le Palais Galliera, sur lequel il y a déjà matière à écrire.

Alaïa s’inscrit dans la tradition des couturiers architectes du XXe siècle qui maîtrise toutes les étapes de conception et de réalisation d’un vêtement, du patronage au montage. Bien qu’il ait fait des études de sculpture aux Beaux-Arts de Tunis, il déclare que les femmes sont sa véritable formation. Il a une remarquable maîtrise de la coupe et de l’assemblage, et utilise tant des matériaux nobles que modestes, du cuir que du coton, de la maille stretch que de la laine bouillie.

C’est dans la première salle, qui met en avant des robes de soirée des collections antérieures, que l’on peut retrouver certains matériaux chers à Alaïa. Ses robes épousent de très près la silhouette des femmes et mettent en valeur les épaules, la taille, le derrière et la cambrure des reins, qui sont les éléments essentiels à mettre en valeur selon le créateur.Les modèles exposés sont sombres voire noirs pour la plupart, signe de loyauté. Les fermetures à glissières ainsi que le zip sont aussi très présents, c’est d’ailleurs ce qui fait sa signature.

Plusieurs sources d’inspiration ressortent de ses créations, notamment la comédienne Arletty, la top Model Naomi Campbell, Grace Jones ou encore certains films tel que « Citizen Kane » de Orson Welles.

Dans la salle suivante les robes sont courtes et même des ensembles top/jupes sont exposés. Robes en mousseline, en laine bouillie ou en crocodile, ou encore imprimés léopard, perles de cultures ou fourrures : il y en a pour tous les goûts. Beaucoup d’ensembles sont ornés d’œillets métalliques qui sont eux aussi un des signes distinctifs du couturier. On retrouvera aussi la ceinture-corselet noire qui résiste à toutes ses collections.

Une troisième salle expose des manteaux, vestes et robes-manteaux, alors que dans la quatrième salle on retrouve des robes, dans des coloris clairs, sans ornements excessifs – faisant référence à Arletty qui incarne pour lui l’idée d’une Parisienne pure – mais très chics, délicates et sensuelles. Enfin, la dernière salle expose parmi un ensemble de robes, un caleçon, dont Alaïa est le premier à faire entrer, moulant ou legging, dans l’usage quotidien.

Ainsi cette exposition nous donne un aperçu très enrichissant de l’univers Alaïa, lui qui « court après les femmes » et « ne pense qu’à ça : les suivre. » Il rajoutera d’ailleurs que « les femmes sont faites pour faire courir les hommes ». Dans ses collections, il parvient à s’affranchir des diktats de son époque, il ne se conforme pas aux tendances. Ce qu’il apprécie dans la mode est tout ce qui ne se démode pas.

 

Clémence B.