Après avoir fait ses classes auprès de Le New Black, Etudes Studio et plus récemment Voo Store, l’acheteur en devenir Safir Boukhalfa, nous livre au fil de cette interview un authentique récit de son parcours. Instinctif, notre portrait du jour raconte le monde de la mode sous un prisme quelque peu « digitalisé », comme pour remercier cet aspect de la profession qui le porte depuis tant d’années. On l’écoute :

 

  • Parlez-nous de vos années lycée, votre parcours scolaire… L’aviez-vous articulé de sorte de vous retrouver dans l’industrie textile ?

 

Au lycée, j’étais un peu la risée de la plupart des garçons parce que justement, j’essayais de m’habiller correctement et d’avoir des aspirations quant à l’avenir.

Je n’en garde pas particulièrement souvenir, j’ai l’impression que bien que mon intérêt pour la mode ait toujours été la, je ne me suis rendu compte du potentiel que j’avais qu’à partir de l’université: quand les réseaux sociaux ont commencé à se développer et que la mode est devenue plus simple d’accès.

J’ai étudié les langues et la publicité, dans l’idée d’avoir toujours un lien direct au monde du travail et d’avoir la possibilité de vivre ailleurs assez rapidement. J’ai eu ma première expérience a l’étranger en Espagne, à Malaga, et c’est là que je me suis rendu compte que la mode, ce n’était pas seulement a Paris que ça se passait, et qu’on pouvait trouver dans chacune des villes des particularités propres et un style bien défini.

 

  • Racontez-nous vos différents stages en entreprise :

 

J’ai fait mon premier stage assez tard, en dernière année de licence. Je voulais que ce soit dans la mode, et je voulais que ce soit quelque chose de moins discriminant que les grandes marques dont on nous parle depuis que l’on est enfant. J’ai donc postulé chez Poulain & Proust, en tant qu’assistant attache de presse mode. Je me suis bien amusé je dois admettre, j’ai travaillé avec beaucoup de budgets, beaucoup de marques aux attentes bien différentes. J’ai organisé des évènements, rédigé des communiqués de presse, des newsletters, etc. C’était assez drôle comme période, mais je me suis vite rendu compte que les PR, ce n’était vraiment pas pour moi!

 

Mon second stage, je l’ai fait chez Le New Black, et là, pour le coup, c’était une révolution pour moi! J’y étais en tant que Webmarketeur, et c’était pour le coup l’entrée dans la cour des grands. Le New Black, c’est l’innovation par excellence, c’est une plateforme en ligne, qui permet de créer un lien direct entre acheteurs et marques du monde entier, par le biais de showrooms virtuels. Non seulement, le concept m’a ouvert l’esprit, mais en plus, travailler avec des marques telles que Andrea Crews, Kenzo, AMI, Rodebjer, Etudes Studio, and so on, m’a propulsé à la pointe de la mode parisienne. C’est chez eux que ma culture mode a pris toute son ampleur, chaque matin, je devais lire en arrivant pendant une heure l’actualité mode, et croyez-moi, ça a change mon approche. L’atmosphère était intéressante aussi, bien que seulement stagiaire à l’époque, ma bosse, Vidya Narine, m’a offert la chance pendant plusieurs saisons d’assister a tous les défilés auxquels elle-même était invitée, à tous les showrooms, tradeshows, etc. Le moment où je me suis rendu compte que tout ça, ça en valait la peine, c’est quand j’ai assisté au défilé d’Issey Miyake pour SS13 je crois, ou SS14 peut-être c’était il y a longtemps déjà. Assister au défilé du designer qui a inspiré ma vocation m’a permis de prendre confiance en moi, et de réaliser que je pouvais aller loin.

 

C’est directement après Le New Black que j’ai rencontré le Directeur Commercial d’Etudes Studio justement, et c’est là que j’ai fait mon dernier stage. J’ai été pris en tant qu’Assistant Wholesales et mon quotidien était de traiter avec les acheteurs des meilleurs magasins mondiaux, gérer leurs invoices, les démarcher, organiser le showroom pendant la Fashion Week, les rendez-vous et créer une relation durable. Je suis arrivé en fonction durant une période commerciale un peu creuse, du coup je me suis aussi glissé au sein de l’équipe stylisme, et c’est là que j’ai organisé différents shootings, le défilé de la saison (calendrier officiel de Paris, juste inconcevable pour moi a l’époque), les fittings, castings, etc.

 

  • Dans quel type d’entreprise travaillez-vous ? Le Voo Store c’est un peu le Colette allemand non ?

 

Je viens en fait de terminer chez Voo Store, mais je vous expliquerai à la fin de l’interview ce que je fais maintenant.

Voo Store, c’est un peu le Colette allemand, mais en mieux. C’est plus cool, c’est plus détendu, c’est plus street. C’est une sélection qui reflète parfaitement ce que j’aime dans la mode. Quand Herbert et Thibaud achètent, ils achètent des choses qui semblent ne pas aller ensemble évidemment. Et quand on a les pièces en main, on se rend compte du potentiel de la rencontre entre une veste Marni qui coutera plus de 1 000 euros, un tee-shirt de la marque Carne Bollente qui offre un message sulfureux pour environ 65€, un pantalon à la coupe parfaite de chez Joseph pour quelques 200 euros, et des vieilles TN de Nike pour environ 140 euros. C’est ça qui fait la différence entre Voo Store et un Colette parisien, pas besoin de gagner 75K pour pouvoir s’offrir certaines choses qui seront en fait, vraiment cool.

 

  • Actuellement quel poste y occupez-vous ?

 

Avant de démissionner, j’y étais Online Manager et Farfetch Relations Manager.

 

  • Quelles étaient vos tâches au quotidien ?

 

Je me suis occupé de l’order process, product upload, merchandising, reordering, marketing, etc. C’était une position tellement large que je me suis donc retrouvé à la tête d’un magasin en ligne, avec une équipe à gérer, des deadlines, et des challenges constants! Comme par exemple, quand j’ai du organiser le shoot de la collab entre Nike et Olivier Rousteing. J’ai du synchroniser Porto (là ou est basée la production de Farfetch, Berlin (avec notre photographe), et Londres (là ou sont les éditeurs de Farfetch) et tout ceci en 5 jours. C’est ce qui m’a le plus plu chez Voo, les challenges, encore et encore.

 

  • A la suite de vos stages en région parisienne, Le Voo Store était en fait votre premier réel emploi, un choix animé par la passion ?

 

Bien sûr! Passion et admiration. Avant de postuler, je connaissais la boutique sur les réseaux sociaux. Mais je connaissais surtout le travail de trois personnes au sein de la boite qui m’ont pousse a postuler, dans l’idée de pouvoir travailler avec eux. Thibaud, par exemple, est acheteur chez Voo, mais a aussi un blog qui cartonne avec son mec, Devid, ca s’appelle Starecasers. Rita, elle, est la photographe officielle de Voo, mais c’est aussi une artiste reconnue, elle a déjà plusieurs livres a son actif, et des features dans les meilleurs magazines mondiaux genre Dazed, Id-Vice. Et ensuite Herbert, Head of Buying chez Voo, mais aussi directeur artistique et dont la vision avant-garde, m’a toujours un peu fait rêver!

 

  • Un mot sur la consécration de l’e-business aujourd’hui :

 

Pourquoi se déplacer jusqu’en magasin, quand les online stores offrent le même service, en version améliorée? Free shipping, -10%, les offres et campagnes vous poussent à l’achat, mais tout en vous offrant des avantages, en vous rendant spécial.

 

  • Vous parlez anglais, espagnol et arabe et vous ne maitrisiez pas l’allemand avant votre départ pour Berlin, comment l’apprentissage se déroule ?

 

C’est probablement la langue la plus dure que j’ai pu vouloir apprendre. Mais je dois dire que j’aime vraiment aller en cours, faire des progrès et apprendre encore et encore. La plupart des étrangers vous diront que l’allemand est rude, qu’il sonne mal. Je ne suis pas d’accord, la fonction première de la langue allemande, c’est la pensée, l’expression de concepts et cette fonction est parfaitement respectée! Si je voulais seulement parler une langue romantique, je me serais arrêté au français!

 

  • La vie d’expat fait rêver notre jeunesse toujours plus mobile, avez-vous connu le mal du pays ?

 

Vous savez, je suis issu d’une double culture, mes parents sont algériens, et je suis français par nationalité, ce qui veut dire qu’en France, on me rappellera souvent que je ne suis pas chez moi, et qu’en Algérie, en me conseillera souvent de rentrer d’où je viens.

Ceci étant dit, le mal du pays, il marche par phase, avec des souvenirs un peu idiots. Peut-être cinq jours par an, quand j’ai envie d’un plat que ma mère ou mon père préparerait à merveille, ou que j’ai envie de me promener à Paris et observer les bâtiments haussmanniens.

 

  • Selon vous, quelles sont les qualités requises pour exercer votre métier ?

Persévérance, humilité, ambition et organisation.

 

  • Quels sont les aspects de la profession les plus intéressants ?

 

Le fait de participer à quelque chose de grand (la mode en France représente plus de 1,5% du PIB national, plus que l’automobile par exemple) et même si j’habite en Allemagne actuellement, le savoir que j’assimile, participera plus tard à notre économie.

L’histoire et la sociologie du vêtement aussi, comprendre les sous-cultures, et tout ce qui est lié à ce type de pantalon, ou à ce type de chaussures.

 

  • Quels conseils donneriez-vous aux élèves du Master Métiers de la Mode et du textile qui voudraient s’orienter vers le métier d’E-expert ?

 

Battez-vous, accrochez-vous, mais surtout, restez intègres. Personne ne veut dans son entreprise d’un requin qui sera prêt à écraser tout le monde pour réussir.

 

  • Quel sens voulez-vous donner à votre carrière à présent ?

 

Je viens d’être embauché chez Zalando en tant qu’assistant Acheteur, du coup à court terme, devenir acheteur et développer cette dernière skill qui manque à mon curriculum. Je suis content d’avoir un peu fait le couteau-Suisse ces dernières années, ça m’a permis de développer un projet personnel, qui, si tout se passe bien, devrait arriver à terme d’ici quelques années.

 

  • Le fin mot : Une pièce fétiche ou une marque à partager avec nous ?

 

Le hoodie super comfy de Marques Almeida en denim indigo.

Craig Green pour la marque, c’est l’une des seules personnes actuellement qui est capable de faire de la poésie à travers ses collections.

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Safir, merci.

Shérine Bakour